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Vendredi 24 mai 2013 5 24 /05 /Mai /2013 15:42

C’est certain, pour tous ceux qui ont découvert le génie Nicolas Winding Refn sur le siège passager de Drive, il serait bon de vérifier sous le capot avant de monter les yeux fermés dans son nouveau bolide.

Forcément attendu par ses fans de la première heure, Only God Forgives promet cependant de laisser les spectateurs qui suivent la tendance du « film à voir en ce moment », au bord de la route.

Et pourtant le réalisateur danois ne filme que le cinéma qu’il a toujours su mettre en image. Du Cinéma avec un grand C, dont la boucle ne semble jamais se fermer tant il explore toujours et encore le 7ème art au plus profond de sa forme.

Cette balade presque onirique s’ouvre et se ferme avec le délicieux ressenti d’avoir vécu une expérience cinématographique rare.

Les uppercuts et coups de pied balancés ne sont pas servis sur le ring mais pour le spectateur. Chaque séquence détonne et fait prendre un nouveau chemin, étonnant. Si nous sommes peu surpris que le film soit dédié à Alejandro Jodorowsky en début de générique fin, on semble également parfois marcher au plus proche de David Lynch et encore plus  dans les pas de Gaspar Noé, notamment près d’Enter the void.

Car pour Nicolas Winding Refn le cinéma, Only God Forgives notamment, n’est pas uniquement fait pour comprendre mais également pour « croire ». Croire en un art qui nous ramène à force de sensations à une introspection personnelle, un voyage au premier degré, celui du film, puis un second, ramené au ressenti personnel du spectateur.

Si pour lui le cinéma est art avant tout, il sera toujours la démonstration et le démantèlement d’une violence, réelle ou graphique. Ses rares instants de violences extrêmes illustrent autant la rage, contenue ou incontrôlable, de ses personnages mais est aussi le fruit de moments plus profond ; sans rien dévoiler, il formalise dans les derniers instants du film, le complexe oedipien au plus profond des entrailles humaines. On sent déjà les ricanements (polis) et les grognements (vindicatifs) de ceux qui avaient découvert le duo Winding Refn-Gosling au moment du « buzz » de Drive. Si le spectateur avide de film de genre rentre en salle en n’ayant pas lu son petit Danois illustré, effectivement la déception risque d’être au bout de la route. En outre, dire que ce film « est une merde sans nom » peut au mieux laisser indifférent, au pire amuser. En effet, le cinéma ne s’arrête pas à une mise en scène clippée, montée au hachoir, voire uniquement classique. On ne clamera pas que Only God Forgives doit être absolument être vu comme un chef d’œuvre mais il convient de s’arrêter sur cet objet tellement cinématographique qu’il dénote dans une époque où le cinéma cloné reste la manne.

Nous sommes plus proche de Valhalla Rising que de Drive, et c’est presque un soulagement que NWR soit resté lui-même en créant cette bête tentaculaire.

Entre film psychanalytique, drame Oedipien et thriller d’un nouveau genre, le film survit par la richesse et la densité de ses fonds. Pour la forme, c’est du pur Winding Refn, cinéma référencé, introspectif et puissant.

Ryan Gosling, épatant une fois de plus, n’hésite pas à casser son image dans un film radical. Son implication dans le projet est de tous les plans où ce dernier est présent, mais attention à ceux et celles venus faire une promenade proche des « people » en oubliant le sens premier de l’art cinématographique. Le coup de sabre risque de faire mal aux intestins, les propos au cerveau. Là encore, merci NWR.

Quant au génial Cliff Martinez, sa composition fait pour la première fois partie intégrante du film, comme un énième personnage elle vient habiller le corps façonné que Nicolas Winding Refn vient de mettre en forme.

Déroutant, fulgurant, privé de logique mercantile, Only God Forgives est non seulement un film brillant mais également un film nécessaire au mouvement trop souvent perpétuel du cinéma comme un divertissement de la foire du trône.

On rentre en salle pour déguster ce chef d’œuvre comme on pourrait apprendre à écouter du classique ou du jazz la première fois. Une expérience assez bouleversante, qui prend aux tripes et ne laisse libre que bien des heures après les dernières lettres du générique.

Il est certain que le public dans sa majorité rejettera ce film. Dommage car on aimerait avoir plus souvent de tel cinéaste. Radical, stylé, perché, à la symbolique forte. On peut aimer ou rejeter purement Only God Forgives. Le fait de ne pas rester indifférent à cette œuvre sera au moins le point commun des deux parties.

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Par Peepingtom1 - (fincher15) - Publié dans : Critiques - Communauté : Cinéma
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Mardi 21 mai 2013 2 21 /05 /Mai /2013 17:38

Après Kill List et Sightseers (Touristes en V.F)...

 


 
Par Peepingtom1 - (fincher15) - Communauté : Cinéma
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Mardi 21 mai 2013 2 21 /05 /Mai /2013 17:23

Asghar Farhadi s’est fait connaître en France avec le succès critique et public de A propos d’Elly avant que la reconnaissance hexagonale et internationale n’adviennent avec Une séparation.

Définit avec facilité comme des thrillers sociaux ses films parlent avant tout des rapports humains et de leur complexité, de l’incompréhension parfois convenu par des non-dits.

Ce qui se dégage de sa dernière réalisation est évidemment la force d’écriture qui caractérise presque tous ses scénarios. Sous fond de thriller sentimental Asghar Farhadi propulse le spectateur au cœur d’une famille dont les secrets sont uniquement le fruit de silences, d’actes cachés, de peur d’énoncé une vérité.

Dans ce labyrinthe des sentiments et de désaccords le réalisateur mène son récit d’une main de maître. Évidemment ce n’est pas la subtilité de A propos d’Elly mais un travail conséquent se fait ressentir sur les divers chemins sentimentaux que le film dessine. Or ce n’est pas l’unique force d’Asghar Farhadi, qui lors de prouesses visuelles, montre toute la délicatesse qu’il peut avoir pour capter des instants profonds, cruciaux et les magnifier.

Les coups de théâtre sont toujours présents et marque encore plus le savoir faire du réalisateur à ce jeu des sentiments, sans ne jamais tomber dans le cliché ou une certaine lourdeur ; on peut en outre lui reprocher cette répétition dans la manière de faire dans et à chaque film. Ce qui fait la force de son cinéma est ici décuplé jusqu’à l’étouffement. La forme même de son récit, dans de rares moments, arrive à procurer un sentiment de surplus qui n’était pas nécessaire. Ce qui frappait avec justesse dans ses précédentes réalisations mène ici, rarement, à une chape étouffante (presque tous les protagonistes cachent une dépression ( !)), on reste cependant admiratif devant sa propension à traduire autant en mots qu’en silence le mal être de ses personnages.

Car Asghar Farhadi dirige ses comédiens avec la minutie et l’intelligence que son scénario demande, Bérénice Béjo s’avère même un choix beaucoup plus judicieux que Marion Cotillard, qu’on aurait eu bien du mal à voir d’origine iranienne. Tahar Rahim, Ali Mosaffa, comme les trois enfants brillent de la même manière dans cette mécanique des sentiments, teintés finalement d’une humanité profonde.

Le passé s’avère être une nouvelle belle réussite qui mêle dans un récit intelligent, beauté, dureté des échanges et qui tente de prouver que les gestes, comme les mots, peuvent avoir des conséquences irrémédiables. Asghar Farhadi ne cherche pas à prouver quoique ce soit, il touche simplement le spectateur, en mêlant suspens, émotions, en tentant d’écrire au présent des réflexions simples pouvant dessiner notre comportement futur.

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Par Peepingtom1 - (fincher15) - Publié dans : Critiques - Communauté : Cinéma
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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 16:13

Précision de coutume pour commencer. Le cinéma de Baz Luhrmann, pour ceux qui apprécient son travail, n’est pas le cinéaste à refaire forcément un remake de L’Aurore. En gros, on aime ou déteste son travail, qui d’ailleurs est à un film près (Australia) quasiment toujours le même. Narrer une histoire d’amour impossible entre deux êtres que tout oppose socialement.

Ensuite il convient de faire un petit retour en arrière quand Roméo & Juliet sortait sur les écrans, presque 18 ans déjà. A l’époque, si cet OVNI cinématographique n’avait pas convaincu les plus grands cinéphiles, le film de Baz Lurhmann avait au moins pu séduire les adolescents. On pouvait en effet être subjugué par un cinéma classique et cinéphile et prendre une petite claque visuelle devant le culot proposé de cette adaptation… « ou pas ».

On ressort alors de Gatsby avec l’étrange sensation d’un cinéma qui n’est pas foncièrement mauvais mais tout simplement plus le nôtre.

La recette du réalisateur australien est quasiment la même, un début survolté (immonde d’ailleurs, comme à l’époque) où chaque plan des 10 premières minutes ne dépasse pas les 2 secondes maximum. Ce qui passait déjà mal dans Roméo & Juliet ne fonctionne pas mieux aujourd’hui. Dès ces premières minutes le réalisateur confirme ses limites. Il ne sait pas utiliser son décor et découper ses scènes, ne sait pas prendre son temps, Luhrmann ‘s touch c’est du show ! C’est donc par le même cache misère d’époque qu’il introduit son film. Tout débutait assez mal. Très vite on comprend également que la bande son sera là pour illustrer des séquences clippées. Soundtrack « hyper » produite avec singles en mode « repeat », et bien sûr le single « Young and beautiful » de Lana Del Rey (pas si mauvais au demeurant)  répond à « Kissing you » de Des’ree pour l’adaptation shakespearienne.

La direction d’acteurs ? théâtrale comme dans tous ses films. Surjouée mais pas forcément ridicule une fois le concept adopté. Les scènes de « danses » sont brillantes, fastueuses, chorégraphiées au millimètre, ornées de couleurs et lumières qui en mettent plein les yeux. L’histoire ? même schéma que dans ses autres films. Une scène d’un théâtre près d’une plage en 1996 répond aussi à un immense échafaudage publicitaire dans une mine, toujours à ciel ouvert. Presque un remake.

Recette donc connue et éculée, on passera sur le parallèle qu’on aurait pu faire avec Moulin Rouge.

Mais en adaptant le roman de Fitzgerald ce n’est pas la critique sociale de l’époque qui intéresse le réalisateur mais la propension du récit à lui laisser libre cours pour nous raconter ce qu’il nous a déjà proposé.

On savait à quoi s’attendre et Baz Luhrmann ne dément pas. Le concept validé, soit une petite demi-heure plus tard, une certaine séduction opère cependant pour le spectateur le moins exigeant.

Si Gatsby, n’est pas du cinéma au sens classique, c’est avant tout un film spectacle. Et sur ce plan le film fait plus que recette.Toutes les séquences sont d’une grande réussite, des décors aux costumes, en passant par les comédiens, certaines séquences sont réellement bluffantes et d’une poésie «  pop », exactement comme Roméo & Juliet l’était à l’époque.

Non Gatsby n’est pas la purge annoncée, ce n’est pas non plus le film respectueux de l’œuvre originale qu’il adapte. On ne s’attendait pas à ça de la part du réalisateur. C’est avant tout un film séduisant graphiquement, avec une 3D assez soignée et très immersive où les comédiens réussissent à procurer des émotions au spectateur venu chercher les fruits du romance très légère.

Leonardo DiCaprio fait cependant le minimum, on en attendait peut-être un peu plus de sa part, plus de subtilité après la haute performance de Django. Celle qui sort donc son épingle du jeu, c’est Carey Mulligan, qui va finir par être indispensable au 7ème art si elle continue de dégager autant de charme en parallèle de compositions toujours justes.

Gatsby est finalement le parfait résultat de sa mise en production. Un film paillette, visuel et sonore (trop !), bardé d’émotions, glamours, d’amours impossibles, qui cible un public large mais précis. Probablement plus jeune avec les mêmes défauts et la même réussite que son prédécesseur d’il y a presque 18 ans. Une vingtaine d’années où chacun a su faire grandir ses goûts et son rapport au cinéma ; c’est avec cette réponse qu’il convient de rentrer en salle pour accepter ou non la proposition de Baz Luhrmann, en version 2.0 cette fois. A défaut d’être admirable et magnifique, Gatsby invite au moins à passer une belle soirée éphémère en sa compagnie, accompagnée de la petite gueule de bois des lendemains de fête. Entre euphorie et oubli.

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Par Peepingtom1 - (fincher15) - Publié dans : Critiques - Communauté : Cinéma
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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 18:29

Auréolé d’une petite réputation acquise lors de divers festivals de films fantastiques, Mama sort enfin sur nos écrans.

Comme souvent, l’étiquette produit par Guillermo Del Toro sert de catalyseur au film. A se demander si certaines de ses productions auraient autant de succès, aussi infime soit-elles, si son nom n’apparaissait pas au générique, on se souviendra du très mauvais Don’t be afraid of the dark.

Si dans ses retournements le film utilise les raccourcis connus du genre, sa touche hispanique apporte une fois de plus une émotion palpable. Or, on se fige encore avec cette manière, répétitive à force, comme dans Insensibles récemment, à un cinéma bicéphale qui, s’il fonctionne souvent sur la même alchimie, a bien du mal à se renouveler. C’est cette ambivalence qui perturbe un peu, non Mama n’est pas un mauvais film mais, dans ses grands traits, ressemble à ce qu’on a déjà pu voir. Hormis un final assez osé par son choix radical et sensible, tout ressemble à du déjà-vu, surtout dans les productions de Guillermo Del Toro, qu’on admire par ailleurs.

Andres Muschietti s’avère être tout de même un metteur en scène efficace sur ce genre de production. Certaines scènes efficaces, jouent habilement de références mais également d’originalité pour créer une certaine tension naissante tout au long du film. Le réalisateur bien que friand du jump scare maîtrise ses effets et ne part pas constamment dans une facilité de surcharge sonore et visuelle qui pourrait paraître surfaite ou avoir le mauvais goût du cliché répété.

La force principale de Mama réside donc dans son histoire, qui sans rien en déflorer, affine différents sujets sensibles, liés comme souvent chez Del Toro, aux liens familiaux. Mais si le format court du film à l’origine perd de son charme dans sa manière étirée, reste le propos éternel des films de Del Toro, le rapport parental, maternel. Les deux formats se répondent de manière efficace sur ce plan.

Mais si on peut porter une certaine affection au film pour son fond, la forme, reste maladroite, surtout par son inconstance à filmer les séquences de manière conceptuelle. On passe allégrement de séquences lyriques et touchantes à des instants où Muschietti semble ne pas vraiment savoir où placer sa caméra, séquences aux raccords hasardeux, principalement les scènes « actives ». À croire que le metteur en scène est plus à l’aise dans les instants dramatiques et donc dans la direction d’acteurs que dans les envolées cinématographiques.

Si Mama sort considérablement son épingle du jeu pour ne pas tomber dans une redite, c’est surtout par son casting, Megan Charpentier et Isabelle Nélisse sont éblouissantes quand Jessica Chastain nous prouve encore une fois sa palette de jeu.

En résulte un film bancal, pas complètement détestable, avec un final qui partagera la plupart des spectateurs, qui semble surfait et presque facile. Le « tout ça pour ça » résonne alors à nos esprits quand une radicalité poétique des derniers instants, maîtrisée et parsemée tout au long du film, vient clore les instants horrifiques, qui eux semblaient avoir été posées ça et là dans un esprit de compilation.

Mama finit pas séduire grâce à son esprit, moins par sa forme, efficace donc mais convenue.

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Par Peepingtom1 - (fincher15) - Publié dans : Critiques - Communauté : Cinéma
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