C’est certain, pour tous ceux qui ont découvert le génie Nicolas Winding Refn sur le siège passager de Drive, il serait bon de vérifier sous le capot avant de monter les yeux fermés dans son nouveau bolide.
Forcément attendu par ses fans de la première heure, Only God Forgives promet cependant de laisser les spectateurs qui suivent la tendance du « film à voir en ce moment », au bord de la route.
Et pourtant le réalisateur danois ne filme que le cinéma qu’il a toujours su mettre en image. Du Cinéma avec un grand C, dont la boucle ne semble jamais se fermer tant il explore toujours et encore le 7ème art au plus profond de sa forme.
Cette balade presque onirique s’ouvre et se ferme avec le délicieux ressenti d’avoir vécu une expérience cinématographique rare.
Les uppercuts et coups de pied balancés ne sont pas servis sur le ring mais pour le spectateur. Chaque séquence détonne et fait prendre un nouveau chemin, étonnant. Si nous sommes peu surpris que le film soit dédié à Alejandro Jodorowsky en début de générique fin, on semble également parfois marcher au plus proche de David Lynch et encore plus dans les pas de Gaspar Noé, notamment près d’Enter the void.
Car pour Nicolas Winding Refn le cinéma, Only God Forgives notamment, n’est pas uniquement fait pour comprendre mais également pour « croire ». Croire en un art qui nous ramène à force de sensations à une introspection personnelle, un voyage au premier degré, celui du film, puis un second, ramené au ressenti personnel du spectateur.
Si pour lui le cinéma est art avant tout, il sera toujours la démonstration et le démantèlement d’une violence, réelle ou graphique. Ses rares instants de violences extrêmes illustrent autant la rage, contenue ou incontrôlable, de ses personnages mais est aussi le fruit de moments plus profond ; sans rien dévoiler, il formalise dans les derniers instants du film, le complexe oedipien au plus profond des entrailles humaines. On sent déjà les ricanements (polis) et les grognements (vindicatifs) de ceux qui avaient découvert le duo Winding Refn-Gosling au moment du « buzz » de Drive. Si le spectateur avide de film de genre rentre en salle en n’ayant pas lu son petit Danois illustré, effectivement la déception risque d’être au bout de la route. En outre, dire que ce film « est une merde sans nom » peut au mieux laisser indifférent, au pire amuser. En effet, le cinéma ne s’arrête pas à une mise en scène clippée, montée au hachoir, voire uniquement classique. On ne clamera pas que Only God Forgives doit être absolument être vu comme un chef d’œuvre mais il convient de s’arrêter sur cet objet tellement cinématographique qu’il dénote dans une époque où le cinéma cloné reste la manne.
Nous sommes plus proche de Valhalla Rising que de Drive, et c’est presque un soulagement que NWR soit resté lui-même en créant cette bête tentaculaire.
Entre film psychanalytique, drame Oedipien et thriller d’un nouveau genre, le film survit par la richesse et la densité de ses fonds. Pour la forme, c’est du pur Winding Refn, cinéma référencé, introspectif et puissant.
Ryan Gosling, épatant une fois de plus, n’hésite pas à casser son image dans un film radical. Son implication dans le projet est de tous les plans où ce dernier est présent, mais attention à ceux et celles venus faire une promenade proche des « people » en oubliant le sens premier de l’art cinématographique. Le coup de sabre risque de faire mal aux intestins, les propos au cerveau. Là encore, merci NWR.
Quant au génial Cliff Martinez, sa composition fait pour la première fois partie intégrante du film, comme un énième personnage elle vient habiller le corps façonné que Nicolas Winding Refn vient de mettre en forme.
Déroutant, fulgurant, privé de logique mercantile, Only God Forgives est non seulement un film brillant mais également un film nécessaire au mouvement trop souvent perpétuel du cinéma comme un divertissement de la foire du trône.
On rentre en salle pour déguster ce chef d’œuvre comme on pourrait apprendre à écouter du classique ou du jazz la première fois. Une expérience assez bouleversante, qui prend aux tripes et ne laisse libre que bien des heures après les dernières lettres du générique.
Il est certain que le public dans sa majorité rejettera ce film. Dommage car on aimerait avoir plus souvent de tel cinéaste. Radical, stylé, perché, à la symbolique forte. On peut aimer ou rejeter purement Only God Forgives. Le fait de ne pas rester indifférent à cette œuvre sera au moins le point commun des deux parties.
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